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Quad9 quitte la France le 24 novembre après un jugement sur le blocage DNS

Condamnée par le tribunal de Paris à bloquer des domaines pour beIN, la fondation Quad9 retirera son résolveur DNS public de France le 24 novembre plutôt que d'altérer ses réponses.

Publié le 3 min de lecture

Quad9, la fondation suisse qui exploite un résolveur DNS public et filtrant, retirera son service de France le 24 novembre 2026. Le motif : un jugement du Tribunal judiciaire de Paris du 21 octobre, obtenu par beIN Sports, qui lui impose de bloquer la résolution de domaines diffusant illégalement du sport. Plutôt que d'altérer ses réponses DNS, la fondation préfère partir.

Ce qui change

Le 24 novembre, les utilisateurs situés en France perdront l'accès au service gratuit de Quad9 (adresse 9.9.9.9), dont l'argument principal est le filtrage des domaines malveillants à partir de flux de threat intelligence. Quad9 écrit : « Notre départ est prévu pour le 24 novembre 2026 ». L'appel du jugement reste en cours.

L'origine du litige

La première décision remonte au 13 mai 2025 : sur demande de beIN Sports, le même tribunal avait enjoint à Quad9 — et à Google — de bloquer via leurs résolveurs l'accès à des sites IPTV diffusant sans droits le tournoi de tennis WTA. La mesure était exécutoire par provision, dans un délai de trois jours, et devait courir jusqu'au 14 novembre.

beIN a ensuite assigné Quad9 pour non-respect de cette injonction. Le 21 octobre, le tribunal a fixé une astreinte de 1 000 € par jour de retard jusqu'à la fin du blocage. beIN réclamait 10 000 € par jour et par nom de domaine ou sous-domaine, soit environ 580 000 € par jour selon l'estimation de Quad9 ; la pénalité retenue représente de l'ordre de 24 000 € au total, hors honoraires d'avocat.

La position de Quad9

La fondation considère la résolution DNS récursive comme un service « neutre et passif » et refuse catégoriquement de modifier les réponses renvoyées. Elle juge la mise en conformité techniquement irréalisable : elle ne tient aucune liste de ses utilisateurs et ne dispose d'aucun moyen fiable de déterminer leur juridiction. Un blocage mondial reviendrait, selon elle, à imposer la loi française au reste d'Internet. Quad9 rappelle qu'un filtrage par géolocalisation IP a déjà échoué en Allemagne, un utilisateur l'ayant contourné par VPN. Ces méthodes sont, dit-elle, incompatibles avec ses objectifs de confidentialité.

Que faire

  1. Si vous dirigez des postes ou un réseau vers 9.9.9.9 depuis la France, planifiez une bascule avant le 24 novembre pour éviter une résolution dégradée.
  2. Évaluez une alternative : un autre résolveur filtrant hors juridiction française, ou un résolveur interne alimenté par vos propres flux de blocage de domaines.
  3. Documentez l'impact sur votre posture : le départ fait disparaître, pour vos utilisateurs FR, une couche de filtrage anti-malware et anti-phishing côté DNS qu'il faudra compenser ailleurs.

Contexte

Le schéma n'est pas inédit. En 2024, OpenDNS (Cisco) avait déjà retiré son service de France après une décision similaire, dans un litige l'opposant à Canal+. Même mécanique à chaque fois : une injonction de blocage obtenue contre les diffusions sportives illégales, d'abord conçue pour les FAI, étendue aux résolveurs DNS ouverts. Faute de pouvoir filtrer sans trahir leur modèle, ces opérateurs choisissent de partir — et la France perd, service après service, l'accès gratuit à des résolveurs publics qui faisaient aussi du blocage de sécurité.

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