Pannier-Runacher visée par un logiciel espion, trois alertes Apple
L'ex-ministre Agnès Pannier-Runacher dit avoir été visée trois fois par un logiciel espion. Plainte déposée à la DGSI, enquête du parquet de Paris, Pegasus écarté.
L'ancienne ministre et députée Renaissance Agnès Pannier-Runacher affirme avoir été visée à trois reprises par un logiciel espion sur son téléphone personnel. Révélée par Politico le 20 octobre et confirmée par l'intéressée le 21, l'affaire fait l'objet d'une enquête du parquet de Paris. À ce stade, aucune intrusion réussie n'est établie : « visée mais, à première analyse, pas touchée. »
Ce qui est établi
Trois notifications d'Apple, l'entreprise indiquant qu'elles correspondent à trois attaques distinctes :
- 5 mars 2025 et 29 avril 2025 (alors qu'elle était ministre) ;
- 13 août 2026 (en tant que députée).
Selon Politico, la troisième alerte décrivait une attaque par logiciel espion « mercenaire ». Les enquêteurs ont écarté Pegasus (NSO Group). L'élue n'a remarqué ni comportement anormal ni message suspect ; une hypothèse « zéro-clic » est évoquée, sans conclusion technique rendue publique. Bloomberg rapporte qu'elle envisage une source liée à des intérêts dans les énergies fossiles, en lien avec ses positions sur le dossier énergétique.
L'enquête
- Plainte déposée le 28 septembre 2026 auprès de la DGSI, à Levallois-Perret.
- Parquet de Paris : ouverture d'une enquête relevant de la section J3 (cybercriminalité), qui regroupe les trois épisodes.
- Deux auditions par la DGSI ; téléphone examiné par l'ANSSI, qui ne commente pas le cas individuel.
Attribution — prudence
Selon Politico, les services de renseignement intérieur privilégient l'hypothèse d'une ingérence étrangère, et le C4 (incluant la DGSE) a été mobilisé. Cette mobilisation ne constitue pas une attribution publique de l'opération à un État, et aucune trace technique, durée de surveillance ou donnée dérobée n'a été documentée. Le CERT-FR avait publié en septembre 2025 une alerte (CERTFR-2025-CTI-010) sur des compromissions d'iPhone, citée ici comme contexte, sans lien direct établi avec ce dossier.
Que faire
Le dossier concerne une personnalité exposée, mais la posture vaut pour tout profil à risque (dirigeants, élus, journalistes, défenseurs des droits) :
- Activer le mode Isolement (Lockdown Mode) sur iOS et macOS pour les profils ciblés : il réduit la surface d'attaque exploitée par les chaînes zéro-clic.
- Ne pas ignorer une Threat Notification Apple : la traiter comme un incident, faire expertiser l'appareil (ANSSI, CERT sectoriel) plutôt que se contenter d'une réinitialisation.
- Redémarrer régulièrement l'appareil (certaines implantations non persistantes ne survivent pas au reboot) et maintenir iOS à jour.
- Pour les organisations : prévoir une procédure de réponse dédiée aux alertes de spyware mercenaire, distincte du support informatique courant.
Contexte
Le cas s'inscrit dans la série des notifications Apple visant des responsables politiques européens, après l'affaire Pegasus de 2021 qui touchait un autre périmètre. La nuance importe : trois alertes « distinctes » et un appareil « non touché » décrivent des tentatives, pas une compromission confirmée — c'est précisément pourquoi l'expertise ANSSI et l'enquête J3 comptent davantage ici que les hypothèses d'attribution.